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Éditoriaux

Stéphane Braunschweig

Cette saison, La Colline poursuit son travail de découverte de nouveaux auteurs et d’exploration de nouvelles écritures scéniques. Après Anja Hilling et Marie NDiaye, nous présenterons dans la grande salle deux pièces d’un jeune auteur norvégien, Arne Lygre, que je tiens pour l’un des plus étonnants qu’il m’ait été donné de lire depuis longtemps. Avec un langage d’une extraordinaire simplicité, Lygre a le don de donner vie à des personnages fascinants, à la fois banals et mystérieux, à la fois vous et moi et ni vous ni moi. Ciselées comme des partitions de musique contemporaine, ses pièces donnent pourtant la sensation qu’elles sont en train de s’écrire devant nous, comme si les personnages “improvisaient” et cherchaient tout autant comment vivre les situations complexes et essentielles dans lesquelles ils sont plongés qu’à formuler ce qu’ils sont en train de vivre. Un grand théâtre existentiel, en ce sens qu’il nous incite comme spectateurs à nous questionner sur nos propres existences. Je disparais est sa toute dernière pièce dont j’aurai la chance et la responsabilité de réaliser la création mondiale. Jours souterrains est une pièce qui nous avait tous enthousiasmés au sein de notre groupe de réflexion sur les écritures contemporaines, et que je créerai à Berlin avec une équipe d’acteurs allemands. Nous consacrerons également un numéro de notre revue OutreScène à cet auteur que Claude Régy, grand découvreur, fut le premier à mettre en scène en France.


Autre artiste étranger invité cette saison, le jeune metteur en scène suisse-allemand Roger Vontobel proposera pour son premier spectacle avec des acteurs français une relecture toute contemporaine de la pièce la plus puissante du jeune Brecht : Dans la jungle des villes. Brecht n’y est pas encore didactique, et là aussi, la pièce paraît s’écrire sous nos yeux, à mesure que le monde ancien semble y céder à la poussée du nouveau.

L’attention que porte Lygre au processus de l’écriture, nous la retrouverons – autrement – chez plusieurs metteurs en scène qui inventent leurs spectacles à partir d’improvisations. C’est le cas du grand metteur en scène polonais Krystian Lupa, pour qui l’imaginaire personnel des interprètes est aussi important que celui de l’auteur, ou des plus jeunes Aurélia Guillet et Thomas Quillardet : pour l’une, l’auteur Arnaud Michniak a écrit au fil des répétitions ; pour l’autre, c’est Julio Cortázar qui doit servir de guide à la construction du spectacle. Et c’est encore le cas de Jean-François Peyret, qui nourrit les acteurs d’imaginaire scientifique pour qu’ils le nourrissent en retour de leur fantaisie théâtrale.

À travers l’improvisation, c’est aussi toute une invention romanesque qui s’engouffre sur scène, et c’est une tendance importante du théâtre aujourd’hui de s’emparer d’œuvres romanesques : après avoir parfois tenté de liquider toute fable et toute idée de “personnage”, il semble que le théâtre retrouve ainsi le désir de la fiction pour appréhender par l’imagination l’opacité de notre monde. Marie-Christine Soma présentera ainsi sa version des Vagues, le roman culte de Virginia Woolf, tandis que Célie Pauthe et Claude Duparfait porteront ensemble à la scène un roman majeur de Thomas Bernhard.

Quant à Iouri Olecha et Luigi Pirandello, dont Bernard Sobel et Stanislas Nordey monteront deux grandes pièces rares, leurs œuvres interrogent aussi la place de l’imagination dans la réalité. Avec L’Homme inutile ou la Conspiration des sentiments, Olecha adapte lui-même on plus célèbre roman, L’Envie, et se demande que faire de “l’inutile” dans une société où triomphent l’utile et le rationnel. Et dans Se trouver, Pirandello raconte l’histoire d’une actrice qui tente de fuir le théâtre pour renouer avec la vie réelle...

Le théâtre d’aujourd’hui visiblement se cherche à la fois dans la littérature et dans la vie, et c’est ce qui lui donne sa raison d’être et son effervescente nécessité.

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À l'affiche

de Bertolt Brecht
mise en scène
Roger Vontobel
du 04 Mai 2012
au 07 Juin 2012
de Thomas Bernhard
mise en scène
Claude Duparfait et Célie Pauthe
du 17 Mai 2012
au 15 Juin 2012